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En hommage à ceux dont on ne parle jamais.
Volet 2 : En direction des "portes de l'enfer"...

 A la veille de la cérémonie du 76ème anniversaire de l'appel du Général DE GAULLE, c'était le 18 juin 1940, je reviens aujourd'hui sur le parcours des 5 jeunes maquisards qui comme la majorité des Français à l'époque, n'ont jamais entendu cet appel et dont l'engagement en osmose avec celui du Général fut avant tout pour que le pays, bafoué par la soumission de PETAIN retrouve au plus vite sa liberté. Tous savaient ce qui les attendait en cas de capture,la promesse des tortures, des maltraitances et la déportation ne freinant pas leur détermination. Pourtant, faute d'être revenus des camps ou étant disparus peu après leur retour, ils sont peu à peu tombés dans l'oubli.....


il est temps pour moi de poursuivre ce sinistre chemin de croix emprunté par les 5 résistants arrêtés sur la commune de DETTEY le 28 mars 1944.

Pour mémoire, parmi eux, il y avait 3 Montchaninois, Maurice VERION, Paul GUEUGNON et Charles WINTER, 1 Creusotin Raymond MASSAROTTI ainsi qu'un combattant venu de MOULINS, Louis PRYDIBAILO. Tous, venus d'ici ou là, méritent le même respect.

A la suite de leur arrestations et de l'opération de tentative de libération ayant coûté la vie à Jean PIERSON, les 5 maquisards furent conduits à la prison de CHALON SUR SAÔNE où ils furent internés du 28 mars 1944 au 20 mai de la même année. Sans posséder plus de détails sur leur conditions d'internement, il est aisé de penser, qu'ils subirent quelques interrogatoires « poussés » dans le but pour les nazis d'obtenir des renseignements sur le maquis auquel ils appartenaient.


Pour s'en convaincre, on peut prendre comme référence un passage du livre des frères JARLOT qui furent interné dans la même prison du 7 mars au 17 mai 1944.

«  Les boches hurlent, vocifèrent et ça résonne la dedans car c'est haut :...Nous devons lever les mains au-dessus de la tête...un à un ils nous appellent pour nous mettre en cellule..... Pendant 3 heures je suis donc resté les bras en l'air.....Ah tu travailles au CAÏFFA, c'est toi qui l'a fait sauter ? Comme j'allais ouvrir la bouche, il me décroche un violent coup de pied dans le bas ventre puis un coup de poing en pleine figure....Quand j'ai fini avec lui et que j'ai fait demi-tour, un violent coup de pied dans les reins termine l'entretien... »


Maurice VERION, Paul GUEUGNON et Charles WINTER leurs 2 amis Creusotin et Moulinois ainsi que Jean TORTILLIER du maquis de Jean PIERSON qui avait été arrêté à MOROGES, quitteront le 20 mai 1944 CHALON SUR SAÔNE pour COMPIEGNE où ils arriveront le lendemain et seront aussitôt dirigés vers le camp de NEUENGAMME où ils arriverons le 24 mai.

Ce convois comportait 2004 hommes. 808 soit 41,82% décéderont sur place. 814 rentreront (40,62%). 163 (8,13%) seront portés disparus en déportation et concernant 189 déportés (9,43%), aucune nouvelle....


Pour mémoire, Gilbert PIGEAT récemment décédé a lui aussi en compagnie de son père qui y trouvera la mort, été acheminé vers COMPIEGNE avant d'être interné au camp de NEUENGAMME « les portes de l'enfer » ainsi qualifié par Monsieur HUGONNET le Président National des internés de ce camp au sud d' HAMBOURG lors de ses obsèques.

Les prisonniers sont transportés dans des conditions inhumaines, de 80 à 100 entassés dans des wagons à bestiaux. Dans ces wagons, certains désirent profiter du passage à la frontière pour tenter une évasion, d'autres s'y opposent de peur de représailles évoquant le fait que les Allemands avaient prévenu que toutes tentatives d'évasions « serait sévèrement réprimandées ...». De fait, si certains ont réussi, ceux étant demeurés dans les wagons en sont pourtant sortis sans ménagement « roués de coups, matraqués, mis à nu et entassés dans un autre wagon ». Sans eau ni ravitaillement, les conditions de vie deviennent précaires. Un espoir naît à l'arrivée en gare de COBLENZ où des jeunes filles de la Croix Rouge distribuent des vivres…..espoir bien vite déçu puisque seuls les Allemands sont ravitaillés tandis que les prisonniers supplient leurs tyrans de leur donner un peu d'eau....

C'est enfin, l'arrivée à NEUENGAMME le 24 mai pour Maurice et ses compagnons de souffrance.

« L'immense cour déserte de ce camps, le rend encore plus lugubre... »

Tout de suite, les nouveaux « arrivants » sont confrontés à ce qui deviendra leur quotidien. « Ils perçoivent une musique  grotesque » nous dit Charles GUGGIARI un résistant de la Marne qui y fut interné. Cette musique accompagne les détenus qui rentrent au camp au pas cadencé après 12 heures de travail...

Enfin, après avoir été poussés dans des caves sous les coups de trique des « Kapos » ( des prisonniers de droit commun promus gardiens) ils reçoivent enfin une boisson sans nom mais appréciée tant, depuis des jours, la soif tiraillait les organismes. Et puis, les prisonniers sont pillés. Montre, bagues, portefeuille, papiers, tout y passe et gare à ceux voulant dissimuler une photo de la fiancée ou de la maman, le nerf de bœuf les convainc rapidement de se débarrasser de tout...

Le dortoir est au diapason du reste, 4 dans un lit de 1 mètre de large...Le lendemain, c'est visite médicale.La « salle d'attente » est la cour où on attend durant des heures complètement nus et quelque soit le temps....

Maurice VERION et Paul GUEUGNON seront le 1er juin 1944 détachés au « Kommando » FALLERSLEBEN près de WOLFSBURG. Charles WINTER, Louis PRIDYBAILO, Raymond MASSAROTTI et Jean TORTILLIER seront affectés au Kommando de WATENSTEDT. Et puis, pour Maurice VERION et Paul GUEUGNON, ce sera ensuite, WÖBBELIN un camp inachevé annexe de NEUENGAMME où la faim et la maladie détruisaient près de 400 vies chaque jour. Ils y sont arrivés le 14 avril 1945.


Fin de cette seconde partie. Une troisième et dernière partie vous sera proposée prochainement.


Remerciements à Gérard VERION neveu de Maurice pour l'imposante documentation qu'il m'a fourni.


NOTA : Concernant la photo de tête présentée lors de la première partie, il s'agit bien des 5 maquisards objets de ces articles avant qu'ils ne soient dirigés sur MONTCHANIN puis CHALON.





L'embarquement....

Les Allemands se délectent....

C'était ça.....

...NEUENGAMME....
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