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En hommage à ceux dont on ne parle jamais.
Volet 1 : La capture.

 

A l'approche le 18 juin prochain, du 76ème anniversaire de l'appel du Général DE GAULLE il ne me paraît pas inutile de rendre hommage à ceux qui, sans uniforme ont contribué au débarquement victorieux des « alliés » 4 années plus tard et qui, ayant été la plupart du temps dénoncés par « de bons Français » ont été arrêtés puis envoyés dans les camps nazis. Concernant ceux qui en sont revenus,on a en effet coutume de leur témoigner du respect lorsqu'on les croise, de moins en moins hélas, la plupart d'entre eux étant décédés et de les honorer lors des cérémonies patriotique. Mais il y eut les autres,.....


Aujourd'hui, je viens vous parler de ces Montchaninois que personne n'évoque jamais, de ceux qui en 1944 ont sacrifié leur vie pour que des jeunes du même âge, 15 à 20 ans plus tard puissent jouer au flipper au baby foot et danser le twist...

Auparavant j'aimerai rappeler, que parmi ces « bons Français » s'étant mis à la disposition des Allemands TOUVIER a été longuement protégé par le plus haut niveau de l'église de FRANCE, PAPON a été Préfet de Police durant 9 ans à PARIS avant d'être nommé ministre du Budget de 1978 à 1981 sous GISCARD D'ESTAING et BOUSQUET soutenu par son ami François MITTERRAND.....Une nauséabonde connivence venue de droite comme de gauche et même du ciel...Démonstration s'il en est que comme l'argent, la politique souvent n'a pas d'odeur...

C'est dire que tout autour de nous des personnages moins connus mais ayant été tout aussi néfastes envers leurs concitoyen ont, après le conflit, repris leur petite vie tranquille en toute impunité... Beaucoup étaient connus par les plus âgés des Montchaninois dont d'anciens combattants de l'ombre qui comme ils restent discrets sur leurs propres actions patriotiques expriment une grande pudeur vis à vis de la descendance de ceux ayant préféré la francisque à la croix de Lorraine.

Âgés de 18 à 22 ans, Louis PRIDYBAILO originaire de MOULINS (Allier) Raymond MASSAROTTI un Creusotin et trois Montchaninois, Charles WINTER Paul GUEUGNON, et Maurice VERION s'étaient engagés dans le maquis FTP (Francs Tireurs et Partisans) et combattaient au 5ème Bataillon du Régiment VALMY sous les ordres du Capitaine MARC ( CARIMANTRAN) et du Lieutenant HECTOR (ALLAIN).

Leur destin bascula à l'aube du 28 mars 1944 lorsqu'ils furent arrêtés au Moulin de VALVERON commune de DETTEY. Ils avaient été trahis par le sinistre Joseph GRESSARD un Français habitant AUTUN, agent de la Gestapo ayant infiltré le maquis en se prétendant être un agent de « L'intelligence Service Anglais » pouvant procurer des armes.


Un sinistre personnage :

Joseph GRESSARD est ce que l'on pourrait appeler « une petite frappe ». Cet habitant d'AUTUN âgé de 23 ans (en 1945) est nommé en 1941 rédacteur à la Sous Préfecture. Deux années plus tard, impliqué dans des affaires de vols et de trafic de ticket de rationnement, il est incarcéré durant 4 mois. Dès sa sortie, il choisit d'aller travailler en ALLEMAGNE mais en revient peu de temps après. A son retour, il se fait passer pour un chef de la résistance avant de nouer des relations avec un Allemand à la sinistre réputation nommé STUCKLIK et « travaille » aussitôt pour l'occupant comme agent de la SD (Sicherheitsdienst).la police Allemande Il se livre alors à des assassinats, pillages, incendies vols qualifiés en toute impunité. Il est également l'auteur de nombreuses dénonciations. Il prend contact avec un membre du maquis de VALVERON puis l'infiltre se faisant passer pour un agent Anglais puis livrera le maquis à ses « chefs » provoquant ainsi l'arrestation des 5 maquisards Montchaninois. On était donc le 28 mars 1945, et GRESSARD assassinera 4 maquisards le 23 juin suivant à CHARBONNAT et il sera également, ayant revêtu l'uniforme de la SS de « l'expédition » de DUN LES PLACES quelques jours plus tard participant à un véritable massacre. Le 11 Juillet, avec deux complices, sur ordre de STUCKLIK il assassinera un agent de contrôle des prix à AUTUN. Une semaine plus tard, il participe à l'assassinat de 5 personnes après avoir torturé les plus jeunes. Puis en partant GRESSARD met le feu à l'habitation qui abritait 4 familles après avoir volé l'argent, les victuailles et même une bicyclette....

Toutes ces arrestations, tous ces assassinat ont été menés sous l'autorité de l' Hauptsturmfurher SS KRÜGER chef de l'antenne du KDS (Kommando des Sipo-SD) en poste à DIJON. Arrêté en 1962 après avoir paisiblement vécu dans le « land » de Rhénanie du Nord-Westsphalie, KRÜGER est condamné en 1968 à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l('humanité. Il sera libéré en 1986 et mourra en 1988.

GRESSARD quant à lui, sera condamné à mort et il sera fusillé le 29 mars 1945 au stand de tir de CHALON SUR SAÔNE, à 24 heures près, juste un an après l'arrestation des cinq jeunes hommes aux Moulin de VALVERON.


Une réaction en chaine.


Le lendemain des arrestations des 5 jeunes, Jean PIERSON dit « Sarcelle » en est informé.


Mais qui est Jean PIERSON ?

Il habitait GERMAGNY et son parcours professionnel est des plus éclectiques. Il fut tout aussi bien mineur au Puits des oiseaux au CREUSOT que maçon, jardinier ou encore bûcheron. On le retrouve également pour des travaux saisonniers, foins et vendanges. A l'époque, il est âgé de 37 ans, c'est un homme au caractère bien trempé un peu anarchiste mais surtout patriote. En 1943 il n'hésite pas, s'engage dans les FTP et crée un petit groupe avec des jeunes de son village et de BISSY SUR FLEY. L'armement est faible, constitué essentiellement d'armes ramenées de la guerre 14-18. Néanmoins le groupe mène des actions destructrices avec les moyens du bord, comme l'anéantissement d'un transformateur à SAINT VALLERIN avec de la poudre de fusées « paragrêle » comme explosif ….. L'homme est assez téméraire et ses actions sont nombreuses comme la participation de son groupe pour attaquer le camps d'internement de LA GUICHE et la libération de 27 prisonniers ou encore la destruction du poste électrique de LA BOULAYE. Ils se déplacent à vélo comme en RENAULT « JUVAQUATRE » pour aller mener des opérations à plus de 40 kms de sa base.



Sachant que les prisonniers ont été transférés à MONTCHANIN ou l'occupant a ouvert une « KOMANDANTUR » ( A la cantine où il y a aujourd'hui le parking « AGRI SUD EST ») avant d'être transférés à CHALON, Jean PIERSON décide de monter une opération afin de les libérer sur la parcours relient les deux villes. Pour cela, il dispose d'une Traction CITROËN et d' une RENAULT JUVAQUATRE 2 portes, 5 hommes embarquant dans le premier véhicule et 4 dans le second. Le groupe part des bois de SAINT PRIVE l'après midi du jour des arrestations pour se diriger vers MONTCHANIN. Croisant une voiture Allemande à la sortie de MONTCHANIN LE HAUT, ils font rapidement demi tour pour la prendre en chasse. Lors de cette manœuvre, la « JUVA » prend du retard. Un échange de coups de feux a lieu peu après entre les Allemands arrêtés et leurs poursuivants. Une certaine confusion règne et l'un des maquisards « le grand Roger » reste seul le long de la route et se fait mitrailler par des soldats. Heureusement, il en réchappe. La traction est donc seule à poursuivre les « nazis » mais elle tombe en panne d'essence à l'entrée de MOROGES. Deux de ses occupants en descendent rebroussant chemin à pieds pour aller chercher du carburant. Ils croiseront la « JUVA » qui continue seule la poursuite en direction de SAINT DESERT. Pensant que les prisonniers seraient acheminer vers CHALON en passant à BUXY, la voiture prend la direction du lieu dit « Le Pont » pour y tendre une embuscade. Entre temps, les « gestapistes » se sont arrêtés à la Gendarmerie de BUXY pour alerter CHALON et MONTCEAU et demander la mise en place de barrages. Une longue heure s'écoule et PIERSON ne voyant rien arriver « au Pont » décide de revenir sur MONTCHANIN .Se présentant à nouveau à MOROGES, le groupe est confronté au barrage mis en place entre temps.Une voiture s'en détache et fonce à vive allure sur le groupe qui est descendu à terre et, arrivant à sa hauteur, « rafale » les deux cotés de la route tuant Jean PIERSON sur le coup. Sur les 9 hommes, il n'y aura que 3 survivants dont Jean TORTILLER 17 ans qui sera capturé avant d'être torturé par la Gestapo à CHALON. Il sera par la suite dirigé sur COMPIEGNE où il retrouvera les jeunes arrêtés au moulin de VALVERON avant d'être envoyé en ALLEMAGNE dans les camps de NEUENGAMME et RAVENSBRÜCK. « BOB » qui a eu la gorge transpercée par une balle sera mis à l'abri et soigné à BISSEY SOUS CRUCHAUD par le Docteur HESRY. « PAULO » qui n'avait pas été touché et l'avait évacué à travers champs a poursuivit le combat.


Paul GUEUGNON né le 2 octobre 1925 était donc âgé de 18 ans, Maurice VERION né le 13 novembre 1922 d 21ans, Charles WINTER né le 6 février 1922 de 22 ans, Raymond MASSAROTTI né le 13 septembre 1925 de 18 ans comme Louis PRIDBAYLO.


Fin de cette première partie.

* photo de tête: Peu après la capture. Cette photo a alimenté la propagande Nazie


Remerciements à Gérard VERION neveu de Maurice pour l'imposante documentation qu'il m'a fourni.




Jean PIERSON.

Une Renault "JUVAQUATRE"
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